Il y a quelques mois, Curated Optics a posé une question délicate à DITA: “Le langage créatif de l'une des marques les plus influentes du secteur de la lunetterie était-il toujours en phase avec le marché qu'elle avait contribué à façonner ?“
Certains lecteurs ont mal interprété notre conclusion. D’autres l’ont critiquée. Notre argument était que l’héritage de DITA méritait une vision créative à la hauteur de la concurrence à laquelle elle est confrontée aujourd’hui. Ses récentes réalisations laissent penser que la marque a compris ce défi et qu’elle était prête à passer à l’action.

L'exemple le plus parlant est Rejoignez la famille. Son casting saisissant, son style affirmé, son choix de couleurs réfléchi et son récit centré sur les personnages confèrent à cette campagne une dimension culturelle qui dépasse le cadre des images elles-mêmes. Les images rappellent cette belle étrangeté qui rendait les campagnes de DITA si singulières il y a environ sept ans, tout en transposant cette sensibilité dans un contexte contemporain. On y reconnaît indéniablement l’esprit DITA, mais avec une nouvelle sensibilité au monde qui l’entoure.

La marque a su prolonger cette dynamique au-delà de la campagne. Lors de la Seoul Art Week, DITA s'est associé à PARKIM en tant que partenaire culturel officiel de marée haute et marée basse, une exposition présentant neuf artistes et designers qui explorent les frontières entre l'art, la matière, l'objet et l'espace. Il s'agit là d'une initiative significative pour une marque de lunettes de luxe : une manière de prendre part à un dialogue créatif plutôt que de se contenter d'en emprunter l'imagerie.

Lancée le 18 septembre, la dernière collaboration en édition limitée entre DITA et 424 propulse la marque dans une nouvelle sphère culturelle. En mettant en dialogue sa précision et son savoir-faire avec l'univers streetwear de 424, DITA parvient à toucher un public qui appréhende le luxe à travers la mode, la musique et la culture urbaine. L'un des points forts de cette collaboration réside dans le fait que DITA a su s'approprier la luxe discret ce mouvement dans sa conception et l'a fait découvrir à une jeune génération.

En édition limitée à 100 exemplaires, DITA et 424 réinterprètent le modèle ARTOA.92 dans les teintes « Pigeon Blood » et « Smoke », alliant précision, texture et imperfection. La monture est livrée à l’état brut, mais invite son propriétaire à la parachever à la main, transposant ainsi le luxe discret de DITA dans le langage culturel brut d’une jeune génération.

Prises dans leur ensemble, ces initiatives concrétisent la vision que Curated Optics a définie pour le secteur de la lunetterie. La qualité des produits reste essentielle, mais les marques qui façonnent ce secteur se construisent également une identité visuelle et se taillent une place dans la culture. Les récents choix de DITA montrent comment une grande marque peut s’appuyer sur son histoire tout en trouvant de nouvelles façons de s’adresser au public d’aujourd’hui.

Ces initiatives montrent à quelle vitesse les grandes marques peuvent s'adapter et modifier leur stratégie. La question est désormais de savoir s'ils parviendront à se forger une identité propre, à développer leur activité au-delà du circuit des salons professionnels et à maintenir une distribution sélective. Après tout, c'est lorsque la demande dépasse l'offre qu'une marque acquiert une véritable puissance.

Son prochain chapitre dépendra de la capacité de cette dynamique créative à susciter un engouement durable et, à terme, une demande supérieure à l'offre.
Au cours de cette période de transition, les détaillants de lunettes doivent évoluer pour rester dans la course. Ils doivent investir dans le design, apprendre à raconter des histoires captivantes et nouer des relations directes avec les marques plutôt que de passer par des intermédiaires. C'est ainsi qu'ils pourront toucher les consommateurs de la Génération Z et de la génération Y.

Et la question que tout le monde se pose est la suivante : DITA va-t-elle suivre l'exemple de son concurrent direct, Jacques Marie Mage, et se retirer des salons de la lunetterie tels que le SILMO et le MIDO, d'autant plus que la marque américaine Garrett Leight a quitté le hall d'exposition ?
Une fois de plus, Curated Optics estime que son action contribue à relancer la course à l'innovation et à la créativité sur un marché de la lunetterie qui était tombé dans la stagnation. Avec l'arrivée de tant de nouveaux acteurs sur le marché, dans quelle mesure sera-t-il difficile de remporter cette course ?